Différenciation retardée

gps tomtom white pearl

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La société Tomtom va lancer un nouveau produit ciblant en priorité les femmes, le GPS “White Pearl”.

Il est basé sur un produit déjà existant de la gamme (le One) et est personnalisé comme suit :

  • coque décorée
  • logiciel personnalisé (interface et informations : points d’intérêt du type “mode”, “shopping”, “cinémas”,…)
  • pochette de protection en soie imprimée

Nul doute que le packaging de l’unité de vente sera également spécifique !

Souhaitons rapidement longue vie et succès commercial au nouveau-né, et attardons-nous plutôt sur les contraintes logistiques que cela va générer.

Le produit

A part l’aspect marketing extérieur, ce produit est le même que le One : il a une antenne de réception des signaux GPS, un écran tactile, un convertisseur de dalle, une carte inverter, un haut-parleur, etc, etc… Le logiciel installé est le même : à part quelques adaptations, il vous mène d’un point A à un point B !

La chaîne de production

Pour le fabriquer, on peut supposer que des sous-ensembles arrivent prêts à monter au bord de la chaîne de production. La gamme de fabrication se résume à un ordre d’assemblage, avec quelques vis par-ci par-là..

L’environnement se doit d’être propre (les écrans tactiles supportent mal les poussières tant que les joints ne sont pas disposés au contact avec le capot par exemple) et les risques électro-statiques sont maîtrisés.

Puis le logiciel est chargé si ce n’était déjà fait et, selon le plan d’assurance qualité choisi, des tests finaux sont effectués, encore que les sous-ensembles peuvent avoir été certifiés en amont… et le produit est emballé, palettisé et stocké.

Finalement, cette chaîne de production ressemble furieusement à celle de son grand-frère, le One : seuls les composants bord de ligne sont choisis selon l’Ordre de Fabrication qui se présente !

On a donc une chaîne calibrée pour une production de masse, dont le rendement est réduit par la nécessité de changer de cycle. C’est dommage, et c’est là que la différenciation retardée nous aide.

Retarder la personnalisation

Retarder le moment de la différenciation nous permet de conserver le plus longtemps possible un tronc commun et les caractéristiques d’une chaîne de production de masse plus économique et rapide.

L’opération de personnalisation consiste alors à puiser dans un stock de produits presque finis et à faire quelques opérations simples, peu chères, et courtes.

Notre production principale (celle qui transforme le plus le produit, qui lui amène le plus de valeur) reste économique du fait de sa masse : productions en séries longues, plutôt que changement de séries à répétition.

Le leadtime marketing

Les stocks sont utiles quand les délais de livraison imposés par les clients sont courts… ou du moins plus courts que les capacités de réaction de l’usine.

Mais les stocks coûtent cher. Et, selon la fameuse Loi de Murphy, nos prévisions de vente ne se réalisent jamais complétement et nous nous retrouvons avec trop de stock d’un côté, et des ruptures de l’autre !

Plutôt que d’avoir des valeurs de stocks de produits finis élevées, tout en n’évitant pas les ruptures, essayons la différenciation retardée.

Ainsi les produits qui sont issus de la chaîne principale (avant personnalisation) ont une valeur ajoutée moindre que le produit fini. Les stocks importants en volume sont maintenant constitués d’articles moins chers, puisque non finis.

Les ordres de fabrication de cette chaîne principale sont lancés selon des prévisions de ventes, qui englobent les deux types de GPS, le One et le White Pearl.

Il est bon de rappeler que les règles statistiques nous disent que les projections mathématiques réalisées sur une grande masse génèrent moins d’erreurs que la somme des erreurs sur les projections réalisées sur les éléments constitutifs de cette masse. Nos prévisions de besoins en sous-ensembles communs ont donc une marge d’erreur plus faible que les erreurs qui seront faîtes traditionnellement sur les prévisions de besoins en One puis en White Pearl…

Ensuite, si nous choisissons bien votre niveau de différenciation, les opérations concernées seront suffisamment courtes et notre chaîne de fabrication finale aura une réactivité importante : les stocks de produits finis sont également moindres !

Synthèse

Quand doit-on faire de la différenciation retardée ?

  • quand beaucoup de composants sont communs
  • quand le temps de fabrication et/ou la gamme est complexe, long, ou cher
  • quand le leadtime marketing est court
  • quand les stocks de produits finis sont trop élevés

Commentaires

Stocker des produits semi-finis n’est pas anodin. Ils sont plus fragiles par exemple. Et si nous avions testé le produit semi-fini, il nous faut prendre garde que les opérations liées à la différenciation ne génèrent pas de non-qualité en endommageant des produits déjà qualifiés. Nous serions alors trop facilement tentés d’effectuer à nouveau certains tests de certification, ce qui est une source de coût.

Dans le même ordre d’idée, repousser les tests qualité à la fin de l’étape de personnalisation uniquement peut amener à s’apercevoir trop tard d’un dysfonctionnement en amont, dans la chaîne de production de masse.

Evidemment les théories modernes nous enseignent qu’au lieu de faire des tests finaux, il vaut mieux éviter de fabriquer de la non-qualité ! Mais dans la vraie vie, des tests ont pourtant toujours lieu. Attention donc à ce point.

Concernant les prévisions de vente et les lancements de fabrication, de nombreux modèles peuvent être adaptés à votre cas, selon votre moment de personnalisation et votre leadtime marketing.

J’ai conçu par exemple une ligne de fabrication où la chaîne principale était tirée en Kanban et la chaîne de personnalisation était tirée par les commandes clients : seuls les approvisionnements de composants étaient tirés par les prévisions de vente. Les marges d’erreurs (prévisions) étaient donc les plus fortes là où les valeurs étaient les plus faibles.

A nous, logisticiens, de travailler en amont avec la R&D et le marketing pour choisir le niveau de différenciation le plus adapté aux contraintes techniques, économiques,… et aux contraintes client !

Car, quelle femme ne préférerait pas un White Pearl dans sa voiture à un One… et c’est bien de la satisfaction du client qu’il s’agit toujours finalement !


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